Vous trouverez ci-dessous des résumés succints des articles scientifiques internationaux marquants de la spécialité d’anesthésie-réanimation et qui sont susceptibles de vous intéresser.

Arriaga AF, Bader AM, Wong JM, Lipsitz SR, Berry WR, Ziewacz JE, Hepner DL, Boorman DJ, Pozner CN, Smink DS, Gawande AA. Simulation-based trial of surgical-crisis checklists. N Engl J Med. 2013 Jan 17;368(3):246-53.

Dans cette étude publiée en Janvier 2013, les auteurs ont démontré le rôle très positif de l’utilisation de checklists afin d’améliorer la prise en charge des patients en situation extrême. (arrêt cardiaque, bronchospasme, réaction allergique grave,…)

Norris EM, Lockey AS. Human factors in resuscitation teaching. Resuscitation. 2012 Apr;83(4):423-7.

Dans cette revue d’article, les auteurs analysent l’impact des facteurs humains sur la prise en charge des patients et les moyens pour l’améliorer.
Les problèmes récurrents sont : le manque d’organisation, le manque d’équipement ou leur mauvais fonctionnement. Les facteurs humains tels que la dynamique d’équipe, la gestion du stress, et l’analyse des évènements graves sont à promouvoir.
Les stratégies pour améliorer ces facteurs passent par les jeux de rôle, la simulation sur mannequin haute fidélité, les revues morbi-mortalités.

Jean Mantz, M.D., Ph.D. Hugh C. Hemmings, Jr., M.D., Ph.D. Jacques Boddaert, M.D., Ph.D. Case Scenario: Postoperative Delirium in Elderly Surgical Patients. Anesthesiology 2010; 112:189–195.

Jean Mantz. Prévention des dysfonctions cognitives post-opératoires. JEPU 2011 ; 377-383.

Problème de santé publique majeur. Aucune technique d’anesthésie ne peut être recommandée. Importance du dépistage préopératoire.
Facteurs favorisants liés au patient (démence, dépression, douleur, hypoxémie, hypotension, troubles ioniques, infection, interruption de certains médicaments).
Facteurs favorisants indépendants (médicaments agissants sur le système nerveux central, privation de sommeil, contention physique).

Hakim SM, Othman AI, Naoum DO: Early treatment with risperidone for subsyndromal delirium after on-pump cardiac surgery in the elderly: A randomized trial. Anesthesiology 2012; 116:987–97.

Les auteurs préconisent l’administration d’un traitement précoce à base de neuroleptique chez les patients présentant des troubles des fonctions supérieures en postopératoire avant l’émergence d’un délire pouvant augmenter la durée d’hospitalisation voir la mortalité.

Practice guidelines for obstetric anesthesia: an updated report by the American Society of Anesthesiologists Task Force on Obstetric Anesthesia. Anesthesiology 2007 ; 106 : 843-863.

Pas d’augmentation du taux de césarienne avec l’analgésie péridurale.
Indication à la pose de la péridurale indépendante de la dilatation cervicale.
L’analgésie péridurale contrôlée par la patiente (PCEA) réduit la consommation d’anesthésiques locaux et entraine moins de bloc moteur.
La rachianesthésie est préférée à l’anesthésie générale pour la majorité des césariennes.

P. Diemunsch, A Charton. Les nouveaux antiémétiques. JEPU 2011 ; 411-416.

Les nausées et vomissements post-opératoires (NVPO) sont sources d’inconfort majeur en périopératoire (incidence variable entre 30 à 70 %).
Score prédictif de NVPO (score d’Apfel) coté de 0-4:
Femme = 1
Non fumeur = 1
ATCD NVPO ou mal des transports = 1
Morphinique en postopératoire = 1
Incidence : score 0 (<10%), 1 (env. 20%), 2 (env. 40%), 3 (60%), 4 (79%).

On dispose de 4 grandes classes de molécules : certains neuroleptiques (droperidol), corticoïdes (dexaméthasone), antagonistes récepteurs 5HT3 (ondansetron, palonosetron), antagonistes des récepteurs NK1 (aprepitant, rolapitant).

Smith C. Manion, Timothy J. Brennan. Thoracic Epidural Analgesia and Acute Pain Management. Anesthesiology 2011; 115: 181–188.

Bénéfices : meilleur soulagement de la douleur après chirurgie digestive ou thoracique lourde, moins de complications pulmonaires, reprise plus rapide du transit après chirurgie digestive, moindre perte de masse musculaire.
Risques : échec, brèche durale, douleur radiculaire ou lésions nerveuses, hématome ou abcès épidural, rétention d’urine, prurit, nausées vomissements, dépression respiratoire, toxicité des anesthésiques locaux.

Aryeh Shander, MD ; Lee A. Fleisher, MD; Philip S. Barie, MD ; Luca M. Bigatello, MD; Robert N. Sladen, MD; Charles B. Watson, MD. Clinical and economic burden of postoperative pulmonary complications: Patient safety summit on definition, risk-reducing interventions, and preventive stratégies. Crit Care Med 2011; 39: 2163–2172.

Les auteurs énoncent les facteurs de risque dus au patient et à la chirurgie. Ils proposent ensuite une stratégie multifactorielle de prévention en insistant sur l’arrêt du tabac, la correction d’une éventuelle malnutrition (obésité ou dénutrition), l’entraînement en préopératoire aux manoeuvres de kinésithérapie respiratoire postopératoire, la déambulation et la verticalisation précoce.

De même, le respect des protocoles d’hygiène du personnel soignant est également conseillé

Ghassan E. Kanazi, Marie T. Aouad, Faraj W. Abdallah, Mohamad I. Khatib, Al Moataz Billah F. Adham, Diala W. Harfoush, and Sahar M. Siddik-Sayyid. The Analgesic Efficacy of Subarachnoid Morphine in Comparison with Ultrasound-Guided Transversus Abdominis Plane Block After Cesarean Delivery: A Randomized Controlled Trial. Anesth Analg 2010;111: 475–81.

Les auteurs ont comparé la technique de reference actuelle (rachianesthésie avec petite dose de morphine) versus TAP block. Ils retrouvent une supériorité de la rachianesthésie avec morphine. Cependant, les doses utilisées sont deux fois plus importantes que celles administrées classiquement. Il ne faut donc probablement pas rejeter le TAP block et plutôt l’associer à d’autres techniques analgésiques pour les potentialiser.

Baldini G, Bagry H, Aprikian A, Carli F. Postoperative urinary retention: anesthetic and perioperative considerations. Anesthesiology. 2009 May;110(5):1139-57.

Le blocage de la vessie survient chez 5 à 70 % des patients. Ce problème est une source d’inconfort majeur. Il existe des facteurs prédisposants dûs :
Aux patients (âge > 50 ans, homme, « grosse » prostate, maladie neurologique due au diabète ou à l’alcool),
Au type de chirurgie (chirurgie des hernies, du bassin,…),
A la durée de l’intervention,
A l’hydratation importante pendant l’opération,
Aux techniques anesthésiques (« grosses » doses sous rachianesthésie ou péridurale, dose de morphine,…).

Il existe donc des méthodes pour prévenir ce problème en dépistant les patients à risque et en les prenant en charge activement.

Hua M, Brady J, Li G.1. The epidemiology of upper airway injury in patients undergoing major surgical procedures. Anesth Analg. 2012 Jan;114(1):148-51.

Ces complications sont rares car elles touchent 0,2 % des patients. Les lesions les plus communes sont les lesions de la lèvre (61%), lesions dentaires (26%), lesion de la langue (6%), lesion du pharynx (5%) et lesions du larynx (2%). Ces lesions semblent plus fréquente au-delà de 80 ans, chez l’obèse morbide (IMC > 40), en cas de difficulté d’intubation prevue (mallampati >2) et pour des chirurgies ORL ou neurochirurgicales.

Postoperative Visual Loss Study Group. Risk factors associated with ischemic optic neuropathy after spinal fusion surgery. Anesthesiology. 2012 Jan;116(1):15-24.

La perte de la vue en postopératoire est très rare mais a des conséquences dramatiques. Cette étude a évalué les facteurs de risque éventuels afin de tenter de réduire la survenue de cette complication. Sur 80 patients analysés aux Etats-Unis, il ressort que les hommes, les obèses, l’usage du cadre de Wilson, les chirurgies longues et / ou hémorragiques avec hydratation intraveineuse importante sont des facteurs de risques indépendants.

Apfel, Christian C. ; Philip, Beverly K. ; Cakmakkaya, Ozlem S. ; Shilling, Ashley ; Shi, Yun-Ying ; Leslie, John B. ; Allard, Martin ; Turan, Alparslan ; Windle, Pamela M.S. ; Odom-Forren, Jan ; Hooper, Vallire D. ; Radke, Oliver C. ; Ruiz, Joseph ; Kovac, Anthony. Who Is at Risk for Postdischarge Nausea and Vomiting after Ambulatory Surgery ? Anesthesiology 2012 ; 117 : 475–486.

Les auteurs se sont intéressés à la survenue des nausées et vomissements (NV) au domicile en chirurgie ambulatoire dans les 48 heures postopératoires. L’incidence de NV était de 37 % avec comme facteurs de risque : femme, < 50 ans, antécédents de NV, prise de morphine en salle de réveil, NV en salle de réveil. Selon le score de 0 et 5, le risque approximatif de NV est de 10% (score = 0), 20% (1), 30% (2), 50% (3), 60% (4), 80% (5).

Neuman, Mark D. ; Silber, Jeffrey H. ; Elkassabany, Nabil M. ; Ludwig, Justin M. ; Fleisher, Lee A. Comparative Effectiveness of Regional versus General Anesthesia for Hip Fracture Surgery in Adults. Anesthesiology 2012 ; 117 : 72–92.

Dans une revue rétrospective portant sur 18000 patients ayant une chirurgie pour fracture de hanche, l’anesthésie loco-régionale (rachianesthésie, anesthésie péridurale) était associée à une réduction de 25-29 % des complications pulmonaires majeures et de la mortalité à l’hôpital. Classiquement, la mortalité après ce type de chirurgie est de 5 % dans les 10 jours et, 10 % à 1 mois. Cette étude est intéressante mais pas assez fiable méthodologiquement pour conclure définitivement sur une technique plutôt qu’une autre.

Rivat C, Richebé P, Laboureyras E, Laulin JP, Havouis R, Noble F, Moulinoux JP, Simonnet G. Polyamine deficient diet to relieve pain hypersensitivity. Pain 2008 ; 137(1):125-37.

Dans ce travail expérimental, les auteurs démontrent l’impact que peut avoir une thérapie nutritionnelle débutée 7 jours avant une chirurgie sur la douleur postopératoire immédiate et à long terme. Ce régime comporte une éviction des polyamines contenus dans certains aliments (courgettes, pois, ananas, aubergines,…).

Zhang J, Ho KY, Wang Y. Efficacy of pregabalin in acute postoperative pain: a meta-analysis. Br J Anaesth. 2011 ; 106(4): 454-62.

L’analgésie multimodale fait appel à différentes molécules agissant sur des cibles préférentielles impliquées dans les mécanismes de la douleur. Ce travail regroupe les études portant sur une molécule : la prégabaline, et tente d’évaluer l’efficacité de cette substance dans la prévention de la douleur postopératoire. La prégabaline semble réduire la consommation de morphine et la survenue de vomissements au prix de troubles visuels.

Martinez V, Baudic S, Fletcher D. Chronic postsurgical pain. Ann Fr Anesth Reanim. 2013 Jun;32(6):422-35.

Ces douleurs sont fréquentes, et, 5 à 10% des patients présentent des douleurs modérées à sévères. Les douleurs neuropathiques prédominent et elles ont un retentissement individuel et sociétal important.
Facteurs prédictifs pré et peropératoires (démographiques, psychiques, type de chirurgie et d’anesthésie, douleur postopératoire et traitements associés).
La prévention pharmacologique de ces douleurs doit être raisonnée et destinée aux patients à risque en fonction du rapport bénéfice/risque des produits utilisés.

Oresanya LB, Lyons WL, Finlayson E. Preoperative assessment of the older patient: a narrative review. JAMA. 2014 May 28;311(20):2110-20.

Cet article associé à une étude évaluant la mise en place d’un programme d’activité physique intensif chez les patients âgés, tente de nous aider à répondre à la question essentielle : « Je suis âgé. Dois je me faire opérer et quels sont les risques ? »
En effet, la population vieillissant, les médecins sont confrontés à des demandes de patients âgés désireux de maintenir une certaine qualité de vie. La décision de procéder à une chirurgie doit faire l’objet d’une évaluation globale du patient ainsi que d’une information claire sur les bénéfices et risques attendus. La principale question à poser au patient vise à connaître ses attentes. Ensuite, il faudra mettre en place une stratégie d’optimisation du patient passant par une prise en charge nutritionnelle (évaluation et support nutritionnel), fonctionnelle (appareils d’assistance, réhabilitation péri-opératoire), cognitive (maintien prothèses visuelles et auditives, limitation des sédatifs,…)